Panama : dans les hauteurs de Boquete
Un petit pays producteur, l'un des plus exigeants du monde. Nous sommes allés dans la région de Boquete, sur les pentes du volcan Barú, rencontrer celles et ceux qui y cultivent le café — et goûter la récolte à la source.

À la rencontre des producteurs — Panama
Quelques minutes pour voir ce que les mots racontent mal : la pente, la brume, les mains dans les caféiers, et la table de dégustation où tout se décide.
Vidéo publiée sur la chaîne YouTube Cafés Bibal — voir sur YouTube →
Le Panama, un tout petit grand café
Le Panama, c'est d'abord un isthme : un canal de 80 kilomètres entre deux océans, connu du monde entier, une capitale de gratte-ciel. Et, tout à l'ouest, une cordillère qui grimpe jusqu'au volcan Barú, le point culminant du pays. C'est là, dans la province de Chiriquí, que pousse presque tout le café panaméen.
Une production minuscule
Le Panama pèse moins de 0,1 % du café mondial. Il ne joue pas le volume : il joue la précision. Ses meilleurs lots atteignent, aux enchères, des prix que peu d'origines approchent.
Boquete & Tierras Altas
Deux hautes vallées de part et d'autre du volcan Barú (3 475 m), entre 1 200 et 2 000 m d'altitude. Nuits fraîches, sols volcaniques, et le bajareque, cette bruine fine que le vent pousse depuis la Caraïbe.
La patrie du Geisha
Une variété d'origine éthiopienne, révélée ici au début des années 2000 : florale, tendue, d'une netteté rare. À ses côtés, des Caturra, Catuaí, Typica, Bourbon et Pacamara qui font le quotidien des fincas.
La récolte, d'octobre à mars
Une saison unique, cueillie en plusieurs passages pour ne prendre que les cerises à pleine maturité. La main-d'œuvre vient en grande partie des communautés ngäbe-buglé, qui descendent dans les vallées pour la saison.
Trois façons de traiter la cerise
Lavé, nature ou honey : au Panama, le process est un choix de dégustation, pas une contrainte. On sèche sur lits surélevés, à l'abri, et l'on suit le grain heure par heure.
Un café de finca
Ici, l'unité c'est l'exploitation, souvent familiale, parfois la parcelle. Chaque lot porte un nom, une altitude, un process. C'est exactement la traçabilité que nous cherchons pour nos partenaires producteurs.
Sur les pentes du volcan Barú

Nous sommes allés dans la région de Boquete. On y monte depuis David, la ville de plaine, par une route qui n'arrête pas de grimper : en une heure, on passe de la chaleur tropicale à un air frais, humide, avec des nuages qui s'accrochent aux crêtes. Les caféiers apparaissent en rangs serrés sur des pentes que l'on croirait trop raides pour être cultivées.
Le Panama est un petit pays producteur, mais c'est l'un des plus exigeants au monde. Sur ces versants d'altitude, la brume, les nuits fraîches et les sols volcaniques ralentissent la maturation des cerises : le grain se densifie, les arômes se concentrent. C'est ce ralentissement que l'on vient chercher ici.
Nous y avons retrouvé des producteurs qui travaillent à la parcelle, presque à l'arbre. On parle rendement et prix, bien sûr, mais on parle surtout de la récolte suivante : c'est comme cela que se construit un partenariat qui dure.

Une plantation d'altitude ne ressemble pas à un champ. Les caféiers poussent sous des arbres d'ombrage, au milieu des bananiers, et la finca épouse le relief. On marche beaucoup, on glisse un peu, on s'arrête souvent : pour regarder une branche, goûter une cerise, écouter le producteur expliquer pourquoi tel versant donne un café plus vif que celui d'en face.
C'est la partie du métier qu'aucune fiche technique ne remplace. Le café que nous torréfions à Saint-Aunès, nous avons vu où il pousse, et avec qui.
On ne cueille que le rouge franc
Sur une même branche, toutes les maturités cohabitent : du vert, du jaune, de l'orange, du rouge. La qualité d'un lot se décide là, dans le geste de la personne qui cueille — et dans le nombre de passages que le producteur accepte de payer.

La récolte de Boquete repose largement sur les communautés ngäbe-buglé, qui viennent de la Comarca voisine pour la saison. Les femmes cueillent souvent dans leur robe traditionnelle, la nagua, aux couleurs vives. Un seau à la main, une cerise après l'autre : on ne prend que ce qui est mûr, et l'on repassera dans quelques jours.
Cette cueillette sélective, en plusieurs passages, coûte plus cher qu'une récolte en une fois. C'est aussi ce qui fait la différence en tasse : pas de cerise verte, donc pas d'astringence ; pas de cerise trop mûre, donc pas de fermentation sauvage.



Là où tout se décide


Après la cueillette, la cerise prend l'un des trois chemins : lavée (dépulpée, fermentée, rincée), nature (séchée entière, comme sur la photo) ou honey (dépulpée mais séchée avec sa pulpe). Au Panama, le séchage se fait sur des lits surélevés, souvent sous abri, pour maîtriser l'humidité malgré la bruine. Un producteur nous a montré ses relevés : température et taux d'humidité, plusieurs fois par jour. C'est ce suivi qui rend un café régulier d'une année sur l'autre.
Puis vient la table. Une vingtaine de bols disposés en cercle, un sachet d'échantillon devant chacun, une cuillère, un bol de rinçage au centre. On sent le café sec, puis infusé, on casse la croûte, on aspire, on crache, on note. Ici, pas de discours : un lot qui déçoit se voit tout de suite, et un lot qui tient la comparaison sur trois passages, on le réserve.
Ce que nous en avons rapporté : la conviction qu'un café peut être à la fois délicat et parfaitement régulier, quand chaque étape est tenue.
On ne rapporte pas seulement des sacs de café d'un voyage comme celui-là. On rapporte des visages, des méthodes, et des engagements pour la récolte suivante.

Un jeune plant, une fleur de caféier — blanche, parfumée comme un jasmin, qui ne dure que quelques jours. Il faudra trois ou quatre ans avant que cet arbre donne ses premières cerises. C'est l'échelle de temps du producteur, et c'est celle que nous voulons partager avec lui : acheter une récolte, c'est déjà parler de la suivante.
Les lots que nous avons retenus rejoignent nos cafés d'origine et nos assemblages. Vous les retrouverez dans nos gammes, et à la table de dégustation de Saint-Aunès.
Entre deux océans
Le café n'est pas tout le Panama. Le pays tient dans un contraste : un canal et une capitale verticale au centre, des montagnes à café à l'ouest, et une côte caraïbe où l'on vit encore au rythme du feu de bois.



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